Quatre internautes sur dix ont été victimes d'une arnaque en ligne au cours des douze derniers mois

Morgane Brenon, Sandra Hoibian, Lucie Brice-Mansencal, Patricia Croutte

Consommation & Modes de Vie N°CMV354

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Résumé

En France, le ministère de l’Intérieur recense 348 000 atteintes numériques au cours de l'année 2024, soit une augmentation de 74 % par rapport à 2019. Cette hausse s’inscrit dans un contexte où le numérique occupe une place centrale dans la vie quotidienne en termes de communication, de travail, d’information, de consommation ou d’e-administration. La cybercriminalité s’est industrialisée, notamment grâce au déploiement fulgurant de l'Intelligence Artificielle qui permet de démultiplier les attaques et de les rendre moins discernables aux yeux des internautes.

L’enquête annuelle du CREDOC Conditions de vie et aspirations, réalisée en ligne auprès d’un échantillon représentatif de 3 000 personnes, apporte un éclairage complémentaire en documentant l’expérience des internautes. Les résultats montrent qu’en 2025, 73 % ont été confrontés à la cybercriminalité et 39 % en ont été victimes. Les jeunes adultes (moins de 25 ans) qui sont aussi les plus adeptes de la vie en ligne, sont les plus touchés. Les Français se montrent pourtant de plus en plus vigilants dans leurs pratiques, mais les escrocs inventent sans cesse de nouvelles façons de piéger leurs victimes. Ce qui soulève un besoin général de formation continue de la population pour les déjouer. Au-delà des atteintes matérielles ou financières, l’étude mesure des conséquences psychologiques pour 41 % des internautes concernés. Ces vulnérabilités peuvent accentuer les inégalités face au numérique selon l’âge, les diplômes, les types d’usages et les ressources des internautes principalement.

Principales victimes : les jeunes, les diplômés, les personnes seules et celles aux revenus modestes

La numérisation accrue des usages d’internet, qu’il s’agisse de communication, de divertissement, de services économiques et administratifs ou de stockage et exploitation de données, a été la porte d’entrée à la massification des cyberattaques ces dernières années. L’enquête Conditions de vie et aspirations du CREDOC montre que trois quarts des internautes ont été confronté en 2025 au moins une fois à une cyber-arnaque parmi une liste de huit cyberattaques proposées (voir encadré page X).  Près de quatre internautes sur dix déclarent en avoir été victimes, un tiers ayant réussi à éviter le piège qui leur était tendu.

La réception d’e-mails ou appels frauduleux est l’attaque la plus fréquente : elle touche 63 % d’internautes et 21 % ont été lésées par ce biais. 32% ont été exposés à des escroqueries en ligne à l’achat d’un produit, 15 % en ont été victimes. 

Les internautes avec une forte diversité des pratiques digitales : loisirs (lectures, réseaux sociaux, plateformes vidéo…), démarches administratives (achats, suivi et recherche d’informations, e-administration) ou économiques (télétravail, études) sont plus nombreux que les autres à tomber dans le piège tendu par les escrocs sur la toile. C’est probablement pourquoi les moins de 25 ans sont plus facilement la proie de la cyber malveillance : 81 % ont été confrontés à des cyber attaques dans l’année écoulée et 59 % en ont été victimes. Considérés fréquemment comme des experts en numérique, les jeunes sont plus vigilants que la moyenne (voir plus loin) mais sont plus souvent en difficulté quand il s’agit de faire des démarches administratives en ligne : 34 % déclarent manquer de compétences pour ces démarches contre 19 % de l’ensemble des internautes. Or de nombreuses arnaques utilisent des faux sites ou mails d’administration.

Au-delà des jeunes adultes, les victimes de cybercriminalité sont plus souvent des diplômés du supérieur, eux aussi grands utilisateurs de la toile, ainsi que les internautes qui se sentent souvent seuls (cf. page 4) et ceux aux revenus modestes.

Près de neuf internautes sur dix prennent pourtant des précautions

La quasi-totalité des internautes (88 %) déclarent pourtant adopter des précautions face aux risques de cyberattaques parmi une liste de huit propositions (voir encadré), et ces méthodes se diffusent et se diversifient : la part de la population qui ne se protège pas du tout a diminué de cinq points en cinq ans.

Mais la vigilance ne suffit pas à éviter les escroqueries. Les résultats de l’enquête du CRÉDOC montrent que les internautes les plus vigilants ont une probabilité plus importante d’être victimes de cyber-arnaques, probablement car ils ont des usages plus fréquents du web et sont donc mécaniquement aussi plus exposés. Il est cependant difficile de conclure sur un lien de causalité entre ces deux événements puisque, lors de l’enquête, on ne sait pas si les mesures de vigilance ont précédé ou succédé à la victimisation.

Les plus précautionneux semblent toutefois plus attentifs à la protection de leur anonymat et données personnelles. Ainsi, 94 % déclarent avoir déjà renoncé à installer une application par crainte pour leurs données personnelles. En revanche, ils semblent moins inquiets quant aux risques liés aux achats en ligne : 62 % seulement déclarent avoir déjà souscrit à un service de sécurisation des paiements en ligne (comme une carte virtuelle) afin d’éviter de communiquer le numéro de carte habituelle.

Pour leur part, les moins de 25 ans semblent avoir conscience de leur plus grande vulnérabilité et sont les premiers à s’armer contre les arnaques en ligne : 87 % adoptent au moins une pratique de vigilance contre 81 % de l’ensemble des internautes et ils sont ceux qui parviennent le mieux à éviter les attaques, excepté la réception d’e-mails et d’appels frauduleux.

Moins d’une victime sur deux entame des démarches

Parmi la population confrontée à la cybercriminalité, à peine la moitié (48 %) a réalisé des démarches auprès de différents acteurs publics ou privés. C’est plus souvent le cas des personnes qui ont perdu des plumes suite aux attaques (66 %). Ceux qui ont réussi à éviter l’arnaque sont beaucoup moins nombreux à faire un signalement (27 %).

Les démarches se font à peu près dans les mêmes proportions auprès des banques, assurances ou entreprises (32 %), des sites internet officiels (29 %) et des plaintes et mains courantes en gendarmerie ou commissariat (22 %). Les jeunes adultes, les femmes et les personnes avec des revenus modestes s’engagent davantage dans des démarches.

Le Service Statistique Ministériel de la Sécurité Intérieure a mis en avant le fatalisme de la population face aux arnaques frauduleuses en ligne en 2023 : la déclaration est jugée « inutile » par 67 % des Français, probablement parce que les auteurs de cyberattaques sont souvent anonymes et qu’il est difficile de les identifier. En comparaison, seuls 37 % des individus n’ayant pas signalé les faits dans le cas de vols et tentatives de vol avec effraction dans les logements considèrent que cela n’aurait servi à rien. La méconnaissance des sites officiels, un manque de compétences dans les démarches administratives, la procrastination ou une estimation de coûts perçus comme trop élevés en temps et en efforts par rapport aux chances de succès peuvent expliquer qu’une personne sur deux confrontée aux cyber malveillances laisse filer.

Les moins de 40 ans (62 % des moins de 25 ans et 54 % des 25 à 39 ans) sont plus proactifs et entament au moins une démarche ou un recours après avoir été victimes ou cibles d’arnaques ou fraudes en ligne, contre seulement 43 % des 40-59 ans. Les moins de 25 ans ont plutôt tendance à signaler les faits sur internet (42 %) alors que les 25-39 ans sont plus nombreux à demander réparation auprès de leur banque, entreprise ou assurance (37 %).

Des conséquences psychologiques pour quatre internautes sur dix

Les cyberattaques n’ont pas que des incidences financières ou administratives : 41 % des internautes confrontés à ces attaques (les victimes ainsi que ceux ayant réussi à y échapper) déclarent avoir subi des conséquences psychologiques à la suite de cet événement. Il s’agit plus souvent de personnes aux revenus modestes (50 %), de jeunes adultes (49 %) et de femmes (43 %). On retrouve ici les profils des personnes qui sont en moyenne, selon les enquêtes en santé publique, plus sujets à une santé mentale dégradée.

Entamer des recours semble s’inscrire dans une démarche de reconstruction personnelle après une cyberattaque : les internautes ayant eu des séquelles psychologiques suite à l’épisode de malveillance ont plus souvent effectué des démarches de recouvrement.

Les données de l’enquête du CRÉDOC pointent aussi un enjeu autour du lien social. En effet, la propension à tomber dans les filets des escrocs en ligne est d’autant plus forte que la personne interrogée exprime un sentiment de solitude. Le lien social, les discussions avec les amis, la famille, les collègues sont autant l’occasion d’échanger de mauvaises expériences qu’un moyen d’être alerté à temps. La solitude peut également inciter certaines personnes à s’aventurer dans des liens avec des inconnus, malheureusement parfois malhonnêtes ou fictifs.




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