Matériaux pour une analyse du phénomène sportif

J-P. Betbeze - J. Maffre - S. Mahlou

Collection des rapports N°R21

Résumé

Le sport est à la mode. La pratique sportive se développe : ainsi, le temps journalier consacré au sport est passé de 3 à 8 minutes entre 1975 et 1985. Les analystes et les médias ne s'y sont pas trompés : la sportivisation est présentée comme un phénomène de société. On voit ainsi apparaître des disciplines nouvelles (sports de glisse par exemple). Les pratiques anciennes engendrent de nouvelles formes ou prennent de nouvelles significations (la gymnastique donne l'aérobic, la natation : le swimming, la course à pied : le jogging). Derrière ces changements, on trouve des "philosophies" importées, qu’elles viennent de Californie ou, à travers les arts martiaux, la relaxation, le yoga, de l'Extrême Orient. Le sport devient un moyen d'atteindre "autre chose", que ce soit la "maîtrise" du corps et de l’esprit, la sérénité, la victoire sur soi ou le "natural high". Retrouve-t-on ici les conséquences du syndrome classique d'un "mal du siècle" qui, en d'autres temps, s'est exprimé dans d'autres quêtes : la foi, les psychotropes, l'engagement politique ou l'art ?

Une médiatisation accrue change la forme des sports, parfois leur nature, et va jusqu'à en créer de nouveaux. Il en est ainsi de l'extension du tennis professionnel ou des "grandes épopées" comme le Paris-Dakar.

Enfin (mais notre liste des tendances est loin d'être exhaustive) la pratique s'individualise : les développements des activités se font en dehors des fédérations et de nombreux sports individuels de ville voient leur popularité croître (skate, jogging, musculation etc.). L'accent mis sur le corps et le "look" devient prépondérant dans de nombreuses disciplines et la pratique devient plus importante que le résultat ou la compétition.

On peut alors chercher des explications dans plusieurs directions : le sport deviendrait-il moyen au lieu de fin, support plus que pratique ? Doit-on retenir surtout l'individualisation, qui serait la conséquence des tendances sociodémographiques lourdes dont on retrouve l'influence dans d'autres domaines, et en particulier dans les pratiques de consommation ? Ou encore faut-il considérer que les récents avatars du sport, sont les conséquences de l'influence des médias et des entreprises ? Ces directions de recherche présentent leur intérêt et sont pertinentes dans un domaine particulier. Le phénomène sportif a de nombreuses facettes et ne saurait être expliqué par une approche unique.

Par ailleurs, si nous cherchons des tendances lourdes dans révolution récente des pratiques sportives, force est de constater qu'il n'existe pas de révolution, ni de fil directeur unique. La nouveauté n'est qu'un ensemble de changements, qui vont chacun dans plusieurs directions.

Pour comprendre le phénomène sportif, il faut donc à l'évidence tenir compte de nombreux paramètres, de plusieurs schémas d’analyse, de logiques disciplinaires différentes. Le choix est délicat, et embarrassant pour le chercheur comme pour le décideur Chaque approche, nous l'avons dit, est pertinente dans un domaine restreint, aucune n 'est totalement satisfaisante.

Comment mesurer le phénomène, par quels biais l'analyser, dans quelles directions doit-on chercher les explications ? C'est à ces questions que ce rapport tente d'apporter des éléments de réponse. Aucune "thèse" ne sera ici soutenue, aucune approche particulière ne sera privilégiée : c'est plutôt un ensemble d'analyses que nous cherchons ici à présenter, dont les éléments juxtaposés devront servir de matériaux pour les travaux ultérieurs. Ceci explique ce "kaléidoscope du sport" que nous présentons ici. Son ambition est d'aider à organiser les différentes possibilités d'explication du phénomène.

Le plan du rapport est le suivant :

Dans la première section (essais de mesure du phénomène) sont présentés des aspects quantitatifs du phénomène sportif. Par un recours systématique aux graphiques et aux tableaux, nous avons cherché à illustrer les évolutions récentes. Cette partie se garde de construire une analyse organisée : elle recence, commente et juxtapose.

Dans la seconde partie (essais d'analyse du phénomène), on cherche d'abord à présenter, d'une manière naturaliste, les fondements du sport en les reliant aux caractéristiques biologiques de l'espèce. Cette première section (le sport comme comportement) fait une large part aux aspects épistémologiques de la recherche sur le sport. Dans les seconde et troisième sections, le sport est abordé suivant les optiques plus classiques de la sociologie et de l'économie. À mi-chemin entre le survey et la classification, ces deux parties cherchent à. dégager des outils d'analyse pertinents pour l'étude de différents aspects du phénomène.


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