Les transports, sous l'angle des pratiques et des opinions des Français

F. Berthuit

Collection des rapports N°R118

Résumé

1991, année morose. La France, à l'instar du monde, épouse le mot "baisse" : baisse du trafic aérien, baisse du trafic voyageurs pour le rail, baisse du nombre d'immatriculations de véhicules par les personnes physiques en particulier. Malgré un nombre record de faillites de sociétés de transport, principalement des PME, cette situation évite tout de même le qualificatif de "catastrophe", qui s'est surtout décliné en langue américaine : chez nous, pas de disparition d'une "PAN AM"; au contraire, notre compagnie de chemin de fer assure son troisième équilibre financier consécutif; pas de "General Motors" aux pertes à compter en dizaines de milliards de francs.

Dans ce contexte général d'une moindre progression de la consommation des ménages, les Français sont partis moins loin, mais pas moins souvent. S'ils ont remis à plus tard leurs séjours à l'étranger, ils ont fait plus de déplacements de moyenne et longue distance : 8 voyages à plus de 100 kilomètres de leur domicile, soit un voyage de plus qu'en 1990. Environ un Français sur cinq (18%) ne sort jamais de ce rayon de 100 kms autour de chez lui.

LA VOITURE INDETRONABLE

Comme en 1990, la route accroît sa prépondérance : 83% de ces voyages sont faits en voiture. Par ailleurs, depuis trois ans, le nombre de conducteurs reste stable, après avoir augmenté de 10 points entre 1984 et 1989. Mais déjà, près des trois quarts des Français (72%) prennent le volant au moins une fois dans l'année. Enfin, huit Français sur dix possèdent ou ont l'usage d'une voiture. Depuis 1986, le multi- équipement a d'ailleurs tendance à se développer : il concerne 28% des Français en fin 1991.

GLOBALEMENT MOINS DE PROBLEMES DE DEPLACEMENTS DANS SA LOCALITE, MAIS RELATIVEMENT PLUS DE PROBLEMES DE CIRCULATION

Les Français sont moins nombreux cette année à estimer qu'il existe des problèmes de déplacements dans leur localité : 27% sont de cet avis, alors qu'ils étaient 32% l'an dernier. L'évolution n'est pas uniforme selon la taille d'agglomération. Les habitants des agglomérations de plus de 100 000 habitants, en Province comme à Paris, sont plus nombreux à se plaindre.

Les transports en commun, mal adaptés ou inexistants, restent la première source de griefs. Mais la part relative des urbains étant en hausse parmi les plaignants, les problèmes de circulation sont, en proportion, nettement plus cités que l'an dernier. La médiatisation de certaines mesures prises récemment pour améliorer la circulation en ville est venue également accentuer le phénomène.

LIMITER L'UTILISATION DE L'AUTOMOBILE EN VILLE

La mesure de limitation de l'usage de la voiture en ville a toujours été majoritairement appréciée par les Français. Mais le nombre de ses partisans s'était considérablement réduit de 1982 à 1988. Il remonte nettement depuis. Plus nombreux à rouler et mieux équipés, les Français commencent malgré tout à penser que "trop, c'est trop" : deux tiers d'entre eux sont maintenant d'accord pour appliquer cette mesure, proportion toutefois encore inférieure à celle du début de la décennie 80 (presque les trois quarts).

Approuvé par plus de neuf Français sur dix, le développement des transports en commun reste la mesure la plus appréciée. Par contre, les Français sont plus mitigés pour restreindre fortement les possibilités de stationnement : à peine plus d'un citoyen sur deux y est favorable. Enfin, les solutions payantes sont massivement rejetées, qu'il s'agisse de la création de voies rapides à péage ou de l'instauration de péages pour entrer en centre-ville.

Limiter l'utilisation de l'automobile et restreindre les possibilités de stationnement sont des mesures très souvent acceptées ou rejetées ensemble. Les solutions payantes sont également acceptées de façon conjointe lorsqu'elles trouvent un écho favorable.

UN RESEAU ROUTIER TOUJOURS AUSSI SATISFAISANT

Dans l'ordre décroissant du niveau de satisfaction, autoroutes, routes nationales et autres routes du réseau français sont jugées largement satisfaisantes par les utilisateurs (c'est-à-dire la quasi-totalité des Français puisque seuls 6,5 % ne roulent pas en voiture hors agglomération). Les niveaux de satisfaction des autoroutes et des routes nationales restent stables, celui des autres routes (départementales et cantonales) a tendance à croître.

NOUS SOMMES GENES PAR LES AUTRES VEHICULES

Plus des trois quarts (77%) des utilisateurs du réseau routier se déclarent gênés par les autres véhicules, et ceci très régulièrement puisque 44% se sentent souvent, voire très souvent, dans ce cas. La gêne augmente avec le nombre de voyages réalisés en voiture et, pour les conducteurs, le nombre de kilomètres effectués au volant. Mais la gêne, c'est aussi la peur. La gêne augmente également avec l'inquiétude de l'accident de la route.

L'expression du type de gêne ressentie n'est pas toujours très claire dans l'esprit des utilisateurs. Avant tout, c'est la façon de conduire des autres (les "mauvais conducteurs") qui constitue le premier reproche. Viennent ensuite les poids lourds. Sont encore cités assez souvent : la vitesse excessive de certains et ceux "qui doublent n'importe comment".

ON SOUHAITE PLUTOT PLUS D'AUTOROUTES

Si les Français sont prêts à faire quelques sacrifices en ville, hors agglomération ils préfèrent rouler en voiture, et avant tout sur autoroutes. Il n'y a pourtant pas de raz- de-marée : une courte majorité (55%) souhaitent qu'on développe le réseau routier plutôt qu'on incite les gens à utiliser d'autres moyens que l'automobile. Naturellement, plus nombreux sont ceux qui n'ont pas le permis ou pas de voiture et qui choisissent la deuxième solution. Mais la sensibilité aux problèmes d'environnement intervient également dans le choix : les plus écologiques se détournent plus facilement de la solution "toujours plus d'autoroutes".

Le rail est surtout prisé par les plus âgés - à partir de 50 ans - quand il s'agit de développer le réseau ferré pour les voyageurs. Par contre, les transports ferrés combinés (auto-couchettes et poids lourds par le train) sont surtout évoqués par les plus diplômés et les plus aisés.

Le développement du réseau routier (routes nationales, départementales et cantonales hors autoroutes) est plus le choix d'hommes moyennement diplômés, mariés, pères de famille, et provinciaux. Ils sont certainement localement moins bien desservis par le réseau actuel. Ils sont aussi faiblement préoccupés par l'écologie.

Enfin, l'avion reste l'apanage des jeunes - moins de 40 ans -, surtout des célibataires, des hommes, des diplômés.

AUTOROUTES A PEAGE : NI PLUS, NI MOINS UTILISEES

Sept utilisateurs du réseau routier sur dix fréquentent une autoroute à péage au moins une fois dans l'année. Cette proportion a peu varié en trois ans. La proportion d'utilisateurs des autoroutes augmente avec le nombre de voyages en voiture et le kilométrage parcouru.

Ce sont les loisirs qui justifient en premier l'utilisation d'une autoroute à péage, immédiatement suivis par les vacances. A l'inverse, c'est d'abord parce qu'il n'y en a pas sur son parcours, puis parce qu'elles ne sont pas adaptées à ses déplacements, qu'on n'utilise pas les autoroutes. Les raisons d'utilisation ou de non-utilisation du réseau autoroutier à péage n'ont pas varié en proportion sur les trois ans.

LES SERVICES SUR AUTOROUTES TOUJOURS AUSSI SATISFAISANTS

Considérés globalement ou séparément, les services sur autoroutes sont jugés largement satisfaisants. Le recours aux différents services est, bien entendu, très variable. Si l'on se réfère aux proportions de ceux qui n'émettent aucun avis, le service le moins utilisé serait le dépannage et les services les plus utilisés seraient les aires de repos, les toilettes et la distribution de carburant.

Les services les plus satisfaisants sont les aires de repos et le téléphone, avec plus de 80% d'avis favorables. Le service le moins satisfaisant est la restauration, avec néanmoins encore 60% d'avis favorables. Les niveaux de satisfaction, globale et par service, bougent peu sur la période, à l'exception de la distribution de carburants en assez nette progression.


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