Résumé
Les résidences autonomie, ex foyers-logement, structurent fortement l’offre d’habitat intermédiaire. Ces 2 260 établissements médico-sociaux proposent 120 000 places d’hébergement et accueillent aujourd’hui près de 100 000 personnes âgées fragiles dont une minorité en perte d’autonomie. Les résidences autonomie constituent ainsi la première offre d’un habitat dit intermédiaire entre le domicile et l’établissement, à côté des résidences services seniors, estimées à 972 en 2022, des établissements privés commerciaux qui relèvent du code de la construction et de l’habitation.
Les résidences autonomie, très souvent gérées par des structures publiques (collectivités, CCAS, associations à but non lucratif) proposent la jouissance d’un logement individuel et privatif en location (petits studios, F1/F2), l’accès à des équipements communs et des services facultatifs. Elles ont une mission de prévention de la perte d’autonomie et d’accompagnement des fragilités liées à l’âge, financée notamment par un « forfait autonomie » pour l’organisation d’ateliers dédiés, de temps d’animation de la vie sociale.
Méconnues du grand public et des retraités, les résidences autonomies pâtissent d’une confusion avec les établissements d’hébergement médicalisés (EHPAD) et de leur image fortement dégradée, et avec les résidences services seniors, estimées peu accessibles financièrement. Leur faible attractivité est renforcée par un parc vieillissant en cours de rénovation pour un accueil qui corresponde aux standards de qualité et de modernité attendus par les résidents et leurs proches aidants.
Sur la base de la littérature, des données existantes et d’un travail original, quantitatif et qualitatif mené pour la Cnav auprès de retraités, de résidents, de proches aidants et d’observations de deux résidences aux caractéristiques contrastées, le présent cahier de recherche propose une lecture du modèle de ce mode d’habitat intermédiaire, par la valorisation de ses atouts et manques par rapport aux enjeux présents et à venir du vieillissement de la population française. Il offre également quelques pistes de réflexion sur l’étayage et le devenir de cette alternative à un domicile inadapté à l’âge et à « l’institutionnalisation » qui n’est envisagée qu’en dernier recours par nos concitoyens.
Les différents dispositifs d’enquête auprès des retraités et notamment ce temps d’immersion, limité et sans ambition de mesure objective de l’effet de l’environnement sur l’état physique et moral des résidents, permettent toutefois de rendre compte d’éléments en faveur d’un accompagnement pertinent des fragilités, voire des vulnérabilités liées à l’âge. Constats en résonnance avec la littérature de référence.
Ces observations et les interactions avec les équipes et résidents rendent compte de la resocialisation de publics le plus souvent isolés, du fait de l’appauvrissement de leur réseau amical, de la perte du conjoint, du possible éloignement des enfants, principaux aidants et du bénéfice ressenti sur la santé mentale. Les activités partagées, les ateliers de prévention animés par le personnel ou des intervenants extérieurs participent largement de cette appétence retrouvée pour les échanges et la vie en société. Une vie en société élargie, qui permet par ailleurs un accompagnement des fragilités ou, pour le moins, une attention à l’évolution des situations personnelles des résidents. La solidarité relative des co-résidents, le regard averti des professionnels relevant du médico-social permettent une alerte sur les possibles dégradations de la situation, de mettre en place des aides ou de réajuster les plans d’aides existants.
Ce suivi et ce soutien sont d’autant plus rendus possibles par le caractère médico-social des résidences autonomies qui s’inscrivent dans un réseau de prévention et de santé de territoire, et nouent des conventions avec les acteurs pertinents en matière de vulnérabilités de l’âge (réseau de santé, offre de santé de ville, SSIAD, EHPAD…). Capacité renforcée lorsqu’un des membres de l’encadrement, notamment le ou la responsable est issu.e du secteur médico-social ou du soin.
Cet accompagnement est particulièrement apprécié des résidents, qui se sentent sécurisés dans cet environnement adapté à leur avancée en âge, et de leurs proches aidants, rassurés de voir leurs parents dans un lieu avec une équipe d’intervenants resserrée mais qualifiée et attentive. L’habitat intermédiaire se présente ainsi, pour les aidé.e.s et les aidants, conjoints ou proches aidants, comme un lieu de vie et de répit. Les résidents déclarent se sentir chez eux, loin des représentations qu’ils pouvaient en avoir avant d’y emménager. Certains regrettent de ne pas avoir franchi le pas plus tôt et espèrent y rester le plus longtemps possible.
Les résidences autonomie sont dédiées à des publics fragiles mais considérés comme non dépendants. Encore faut-il s’entendre sur la notion de fragilités. Les observations menées dans les deux résidences tendent à illustrer la possibilité d’un accueil de fragilités relativement avancées avec le transfert du domicile de plans d’aide conséquents (SSIAD, aide-ménagère), voire d’un accompagnement de maladie grave avec la mise en place d’une hospitalisation à domicile (HAD). En 2019, en résidence autonomie, un résident sur cinq (21%) est classé en GIR 1 à 4 (EHPA, DREES 2019). Les fins de vie y sont possibles et le transfert vers les EHPAD n’est pas systématique.
Les résidences autonomie répondent ainsi aux principales inquiétudes des retraités et des aidants. Les retraités qui n’envisagent pas de mobilité, pensant qu’on ne peut les accompagner dans leurs vulnérabilités et qu’ils devront nécessairement déménager en EHPAD. Des retraités qui redoutent par ailleurs d’intégrer un lieu collectif les privant de leur libre arbitre, de leur indépendance. Les aidants qui ne souhaitent pas « institutionnaliser » leur proche mais leur proposer un lieu de vie adapté, sécurisé et resocialisant.
Les résidences autonomie semblent répondre à ces souhaits et ces besoins avec toutefois des difficultés grandissantes d’équilibre économique en partie dues à un déficit d’attractivité. Leur manque de visibilité et les représentations erronées du public concerné, les freins particulièrement forts des seniors à la mobilité, restreignent l’accès à cette offre qui peut être estimée à tort inaccessible financièrement. Par ailleurs, le parc vieillissant nécessite des investissements conséquents pour une rénovation indispensable à la modernisation des lieux et de leur image auprès du public.
Quelques pistes sont évoquées par différents acteurs pour soutenir le déploiement de cette offre d’habitat (élargissement du forfait autonomie, réattribution du forfait soins, aide à la pierre…) qui répond aux préoccupations des retraités de rester dans un chez soi indépendant, personnel tout en étant entourés, et plus largement aux enjeux de vieillissement de la population. La nature de l’offre et l’accompagnement des fragilités, la couverture territoriale et leur potentiel d’accueil font des résidences autonomie un maillon essentiel de la prise en charge de l’autonomie aujourd’hui et dans les années à venir.
