Les Français et leur retaite Synthèse

F. Lehuédé / J.P. Loisel

Sourcing Crédoc N°Sou2002-2019

Résumé

Aujourd’hui, parmi les actifs âgés de plus de 40 ans, la retraite est rêvée comme un moment sans contrainte, sans stress, un moment de totale liberté où primeront les loisirs et les activités ludiques. C’est d’abord un moment qui sera consacré à soi, ensuite à sa famille et enfin, éventuellement, aux autres.

Les plus de 40 ans ont cependant à l’esprit quelques craintes par rapport à la retraite. Les plus présentes correspondent à la peur de l’ennui. Il faut « combler » ce temps libéré. L’angoisse du rêve brisé est également présente. Avoir rêvé sa retraite et s’apercevoir qu’elle ne tient pas ses promesses est une inquiétude fréquemment évoquée. La dépendance et la mort planent aussi, quoi que de façon moins forte, sur la perception de la retraite. Cette dernière reste la dernière étape de la vie.

Une large majorité d’interviewés n’a pas songé à sa retraite, soit parce qu’elle a d’abord d’autres projets à achever (remboursement d’un prêt, éducation des enfants...), soit parce qu’elle a confiance dans le système de retraite actuel, soit tout simplement parce qu’elle s’estime trop jeune pour y penser.

Certains interviewés y ont songé mais sans s’y préparer. Il s’agit le plus souvent de personnes à quelques années de la retraite. L’échéance approchant, elles commencent à y réfléchir pour s’apercevoir qu’il est trop tard pour s’y préparer au moins sur le plan financier.

Les passionnés de sport ou de quelque autre loisir, frustrés de ne pas pouvoir y consacrer plus de temps ont également songé à leur retraite. Ils rêvent de pouvoir enfin consacrer toute leur énergie à leur passion. Parmi eux, seuls ceux dont le projet nécessite un changement de mode ou de lieu de vie ont réellement préparé leur retraite.

Les personnes connaissant aujourd’hui une situation économique précaire ont songé à leur retraite. Cependant, leurs moyens ne leur permettent pas de s’y préparer.

Les personnes ayant commencé à préparer leur retraite se trouvent majoritairement parmi les chefs de ménages de familles monoparentales, les personnes seules, les individus ayant connu des périodes de chômage ou les indépendants. La période de précarité qu’elles ont connu leur fait redouter la retraite, soit sur le plan financier, soit sur le plan des activités ou des relations sociales. Les artisans, commerçants ou agriculteurs, conscients de la faible retraite qui les attend, font partie des personnes qui préparent le mieux ce changement de vie.

Tous les interviewés savent que le financement des retraites posera de sérieux problèmes dans les années à venir. L’arrivées à l’âge de la retraite des baby boomers et l’allongement de la durée de la vie sont les deux principales causes citées pour expliquer ces difficultés. Les mieux informés ajoutent deux autres raisons à ces difficultés : les faibles classes d’âge jeunes et l’arrivée tardive des jeunes sur le marché du travail. L’Etat est rarement tenu pour responsable, si ce n’est en second lieu pour noter son manque de prévoyance et son immobilisme sur ce sujet.

La philosophie solidaire, à l’origine du système de retraite par répartition, est quasi unanimement appréciée. Ses plus fervents défenseurs estiment que le système actuel doit être préservé à tout prix et que toute évolution vers la capitalisation est à proscrire. Toutefois, la majorité des interviewés a conscience des faiblesses du système actuel. Elle craint une injustice pour les futurs retraités ayant cotisé pour les générations de leurs parents et de leurs grands-parents mais risquant de ne pas pouvoir bénéficier d’une retraite lorsque leur tour viendra. Elle se prononce assez largement en faveur d’un système mixte encourageant la capitalisation. Très peu d’interviewés estiment que le système par répartition est inefficace et souhaitent une retraite exclusivement par capitalisation.

Les interviewés espèrent échapper aux conséquences des difficultés liées au financement du système de retraite par répartition. Selon eux, le problème des retraites ne se posera qu’à moyen terme. C’est à dire, dans 5, 10 voire 20 ans. Ils espèrent que la baisse des pensions s’opérera en douceur, sans rupture brutale.

Plus les interviewés sont proches de l’âge de départ en retraite, plus ils estiment qu’ils échapperont au problème du financement de leur pension. Dans leur esprit, une fois retraité, il est inconcevable que leur pension diminue. Par contre, ils sont unanimes pour estimer que, dès leur entrée dans la vie active, leurs enfants auront à subir les conséquences des problèmes de financement des retraites. Ils devront acquitter des cotisations supérieures tout en préparant une retraite par capitalisation. Lorsqu’ils deviendront retraités, ils continueront à subir ces problèmes en ayant des pensions inférieures et en quittant plus tard la vie active. Selon eux, les inégalités entre retraités augmenteront fortement.

Plus les interviewés sont proches de la quarantaine, plus ils estiment qu’eux même subiront les problèmes du financement des retraites. Ils envisagent une baisse du montant des pensions et un recul de l’âge de départ à la retraite. Ils pensent devoir restreindre leurs dépenses. Quelques-uns uns estiment toutefois que leur situation financière sera bonne car ils se sont constitués un capital et parce qu’ils sont persuadés que leurs besoins diminueront au prorata de la baisse de leurs ressources.

Les interviewés savent qu’il faudra faire des efforts. Ces derniers ne devront pas porter sur une seule catégorie (actifs ou inactifs) mais plutôt se répartir entre l’ensemble des générations. Ils souhaitent une solution qui ne pénalise pas trop leurs enfants qui vivent déjà une période difficile en matière de travail. Mais ils refusent également de compromettre leurs propres projets à la retraite.

Dès lors, toute solution visant uniquement à accroître les cotisations, réduire le montant des pensions ou augmenter le temps de cotisations nécessaire pour bénéficier d’une retraite à taux plein est rejetée.

Les interviewés plébiscitent les systèmes souples et personnalisés. La proposition de réorganisation du travail, alliant temps partiel à partir de 55 ans et embauche de jeunes, est la plus appréciée. Cette solution est perçue comme une solution gagnants - gagnants. Elle offre la possibilité de transmettre son expérience et son savoir-faire. Elle permet de se préparer en douceur au changement de vie que représente la retraite. Elle donne la possibilité aux jeunes d’entrer plus rapidement dans le monde du travail.

Continuer à travailler afin d’accroître le montant de sa pension est également une solution appréciée Elle est personnalisée. En fonction de ses envies, de son état de santé, de l’avancement de ses projets ou de la pénibilité du métier, chacun décide du moment où il part en retraite. Elle a surtout l’avantage de ne pas réduire les moyens financiers des retraités ou des générations d’actifs. Les Français prennent peu à peu conscience que l’âge de la vieillesse recule et que ces années gagnées doivent en partie être allouée à travailler pour financer le système de retraite.

Les résultats des négociations, qui s’ouvrent en ce début d’année 2003 entre l’Etat et les partenaires sociaux, devront, pour avoir une chance d’être acceptés par les Français, garantir la pérennité du système par répartition, assurer des retraites d’un bon niveau, éviter tout système rigide et ne pas pénaliser les générations d’actifs.


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