Consommer durable est-il un acte de distinction ? Représentations, pratiques et impacts écologiques réels au regard des dynamiques sociales

Victoire SESSEGO et Pascale HEBEL

Cahier de recherche N°C344

Résumé

La prise de conscience écologique se diffuse dans la société, elle est plus présente chez les plus diplômés (haut capital culturel) et dans les jeunes générations et devrait continuer à se diffuser dans un contexte économique favorable.

Les envies de mieux consommer dans un cadre d’économie circulaire ou dans un cadre de consommation durable se développent dans les catégories à haut capital culturel, notamment au travers de certaines pratiques comme l’achat de produits biologiques, locaux, la location ou l’achat et la vente de produits d’occasion sur internet (par distinction sociale en partie – « Eco-habitus » (Carfagna et al, 2014)).

Les représentations de la consommation durable varient au sein de la société, en lien avec la position sociale et les conditions économiques des individus : conception plus abstraite pour les élites avec l’objectif de protection de la planète, définition concrète par l’économie des ressources et le prolongement de la durée de vie des équipements pour les personnes plus contraintes par leurs ressources économiques, mise en évidence du rôle du modèle agricole pour les professions intermédiaires et les individus en lien avec le monde rural.

Un lien entre attitudes et impact écologique loin d’être automatique : si les élites, et particulièrement celles élites dotées en capital économique, ont adopté certaines pratiques de consommation, évoquées plus haut, elles ont un impact écologique lié à leur consommation important, voire supérieur à la moyenne, particulièrement pour la mobilité et l’équipement. Les professions intermédiaires, relativement plus dotées en capital culturel, ainsi que les individus politiquement engagés à gauche, font preuve d’une plus grande cohérence entre attitudes et pratiques, à travers une plus grande frugalité.

L’intégration des problématiques écologiques dans l’habitus d’un individu, c’est-à-dire dans la matrice de lecture du monde et de décision des individus, n’est pas suffisante pour achever une plus grande durabilité. En effet, les actions écologiques peuvent être intégrées en tant qu’acte distinctif, avec un rôle social symbolique de distinction supplantant une approche plus systémique de la consommation. Ainsi, la consommation durable et l’écologie en général reste cantonnée en France à certains milieux sociaux spécifiques, empêchant sa diffusion à l’échelle de la société et notamment aux groupes s’opposant aux actuels portes paroles de la consommation durable


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