Résumé
En moyenne, six personnes sur dix partent au moins une fois en vacances dans l’année. Les départs sont tributaires de la conjoncture économique et des crises qui se succèdent. Celle des subprimes en 2009 en est un exemple frappant : seulement 56% des 15-69 ans sont partis en 2009 contre 63 % en 2025. La pandémie du Covid survenue en 2020 a eu un effet similaire. Cette année, la guerre au Moyen-Orient va sans nul doute enrayer la hausse des départs constatée ces dernières années. Indépendamment de ces fluctuations, les politiques sociales tentent depuis toujours de favoriser les départs de ceux qu’on croise rarement, ou jamais, sur la route des vacances.
Les résultats de l’enquête du Crédoc réalisée pour l’Agence nationale pour les chèques vacances (ANCV) montrent, sur le long terme, une tendance favorable au départ pour les personnes aux revenus modestes. Une évolution due en partie à l’augmentation des aides qui bénéficient en particulier aux jeunes, aux étudiants et aux classes moyennes inférieures.
Au-delà des difficultés financières, d’autres obstacles contribuent à limiter ou empêcher le départ comme le stress de quitter son domicile, des réticences à partir seul ou avec la famille et des amis Des réserves sont aussi liées au recours à internet et au paiement des réservations en ligne. L’enquête montre également que certains de nos concitoyens préfèrent rester chez eux plutôt que partir seul. Un choix qui peut aussi traduire une moindre appétence pour les voyages.
Les jeunes, les étudiants et les bas revenus prennent un peu plus souvent la route des vacances
Depuis le Covid, davantage de Français ont repris la route des vacances, le taux de départ atteignant 63% en 2025 contre 43% en 2021, période inédite où les départs étaient empêchés par les mesures de sécurité sanitaires. Pour les catégories modestes notamment, on constate une évolution de long terme : en 2025, 14% des 15-69 ans indiquent qu’ils ne partent « jamais » en vacances contre 18% en 2009 et 13% déclarent partir « une fois tous les deux ans » contre 9% en 2009. Les Français qui partent une fois par an sont aussi un peu plus nombreux.
L’enquête du Crédoc pour l’Agence nationale pour les chèques vacances (ANCV) montre que ceux qui partent plus souvent tous les deux ans sont surtout des jeunes (+ 11%), des étudiants ainsi que des personnes aux revenus modestes et des indépendants. Ceux qui partent pour la première fois sont plus souvent, là aussi, des personnes aux revenus modestes (+ 14 %) ainsi que des personnes au foyer et des non-diplômés.
Une nette progression des aides, notamment aux ménages modestes
Au-delà des effets positifs de la conjoncture ces dernières années, les aides des pouvoirs publics ont été soutenues afin de réduire les inégalités d’accès au départ en vacances, en particulier pour les familles modestes, les seniors ou encore les jeunes. Au total en 2025, 37% des 15-69 ans ont bénéficié d’une aide au départ, certains en cumulant une ou plusieurs aides avec les chèques vacances, d’autres via les chèques vacances uniquement et d’autres, enfin, une ou plusieurs aides sans chèques vacances.
Sans être exhaustive, la liste des aides citées dans l’enquête rassemble une large partie des acteurs concernés : l’Agence Nationale pour les Chèques Vacances (ANCV), les employeurs publics ou privés, les Caisses d’Allocations Familiales et les mairies. Des partenariats avec les acteurs associatifs et les collectivités territoriales ont de plus été développés par l’ANCV. La logique poursuivie est tout à la fois de compléter les aides locales par des financements nationaux, mais aussi de cibler puis d’accompagner les publics durablement éloignés des vacances dans l’organisation du séjour (budget, transport, activités à planifier, etc.). La crise sanitaire a renforcé ponctuellement les aides financières à destination des familles modestes avec les aides exceptionnelles à destination des jeunes ou des seniors. D’autres aides ont également été apportées au secteur du tourisme (aux centres de vacances notamment) fortement pénalisé par les différentes mesures de confinement ou de distanciation sociale.
Depuis la fin des années 2000, une forte progression des aides au départ en vacances
« Avez-vous bénéficié, dans les douze derniers mois, des aides suivantes pour vos propres vacances ? »
A ces aides peuvent s’ajouter les chèques vacances à destination des actifs. En 2025, 36% des actifs occupés déclarent en avoir bénéficié, soit + 17 points par rapport à 2008. Ils ont reçu ces chèques soit directement, soit par l’intermédiaire de leur conjointe ou conjoint. La progression observée peut, en partie, s’expliquer par le changement de formulation dans l’enquête qui, en 2025, élargit les personnes concernées aux conjoints. Mais elle tient surtout à une progression effective des bénéficiaires directs (hors conjoints) confirmée par les données de l’ANCV. Entre 2008 et 2024, leur nombre a en effet progressé de 55% pour atteindre un total de 4,8 millions.
Les salariés en CDD ou en intérim bénéficient plus souvent de chèques vacances intégralement pris en charge par l’entreprise. Pour leur part, les actifs des grandes entreprises (+ 200 salariés) sont plus nombreux à participer au financement de leurs chèques vacances.
Des freins au départ en vacances qui restent importants
En dépit de ces aides, les contraintes financières constituent toujours, et de loin, le premier frein au départ. En 2025, 70% des moins de 70 ans qui ne sont pas partis en vacances au cours des douze derniers mois pointent des impossibilités financières recouvrant différentes contraintes. Certains citent le caractère trop variable ou incertain de leurs ressources pour s’autoriser une telle dépense, d’autres indiquent se restreindre sur des dépenses pourtant essentielles (santé, alimentation…) en vue de maintenir un budget dédié aux vacances. D’autres enfin privilégient le départ de leurs enfants au détriment de vacances en famille trop onéreuses.
Aux freins financiers s’ajoutent d’autres facteurs intervenant dans la décision de ne pas partir. Près d’un quart des moins de 70 ans (23%) privilégient le fait de ne pas voyager et de rester chez eux pendant leurs vacances. Une préférence qui peut traduire une moindre appétence pour les voyages, ou le fait de ne pas vouloir partir tous les ans, mais qui peut aussi s’expliquer par la réticence à partir seul. Les raisons de santé ou les motifs familiaux contribuent chacun pour 14 % des réponses citées dans le non-départ en vacances au cours de l’année écoulée.
Au-delà de contraintes objectives, l’enquête s’est également intéressée aux représentations associées aux vacances et les difficultés éventuelles à organiser un départ. Dans l’imaginaire collectif, les vacances se conjuguent assez peu avec l’idée d’être seul pour profiter d’un séjour. Pour autant, partir en famille ou entre amis nécessite aussi de s’accorder sur un budget, une destination, un hébergement ou encore sur les activités à faire sur le lieu du séjour. Si le lien social est souvent un facteur majeur du départ, il peut aussi, par ses contraintes, générer un renoncement au départ.
L’idée de quitter son domicile pour plusieurs jours est également une source de stress, en lien avec la peur des cambriolages, l’anticipation de l’organisation du séjour (trouver un hébergement, un moyen de transport, trouver des solutions pour garder les animaux de compagnie, arroser les plantes, etc.). Les vacances impliquent de sortir de ses habitudes, de son quotidien, une rupture qui peut elle aussi être source d’inquiétude. Ces préoccupations sont plus souvent citées par les Français qui n’ont pas ou peu l’habitude de partir.
De nombreuses réticences à utiliser internet pour programmer son séjour
En 2025, 63% des 15-69 ans partis en vacances ont utilisé internet pour l’organisation de leur escapade. Mais le recours à internet peut susciter des réticences liées aux arnaques ou aux défauts de sécurité pour le paiement en ligne. Les difficultés de projection dans un logement via une simple annonce en ligne, les changements réguliers des tarifs sont également évoquées. Au total, 60% des Français font part de trois réticences ou plus liées à internet parmi les cinq évoquées dans l’enquête. Les difficultés relatives au numérique sont encore plus citées par ceux qui partent peu souvent en vacances ou qui ne sont pas partis au cours des douze mois. Ainsi, 70% des personnes qui ne partent jamais en vacances déclarent que les arnaques en ligne sont fréquentes (contre 57% en moyenne) et 69% sont d’accord avec l’idée qu’il est risqué de payer ses vacances en ligne pour des raisons de sécurité (contre 58% en moyenne).
