Début 2026, de multiples sujets inquiètent nos concitoyens : les menaces de guerre, particulièrement prégnantes depuis 2022, mais aussi l’instabilité politique, ainsi que la violence et l’insécurité (nourrie notamment par la cyber-malveillance, les inquiétudes grandissantes par rapport à la drogue, etc.), désormais en tête des préoccupations. Dans ce contexte, les enjeux environnementaux et de justice sociale semblent moins prioritaires.
Les Français portent, en règle générale, un regard plus sombre que leurs voisins européens quant à leur avenir personnel. Et le défaitisme hexagonal a tendance à progresser sur longue période. L’anticipation d’une dégradation des conditions de vie à moyen terme s’impose depuis la crise des subprimes. L’étude montre que le pessimisme est encore plus marqué lorsqu’on ancre la question en évoquant les changements dans la société et de l'évolution du climat prévisibles (+20 points environ par rapport à d’autres questions plus générales). Ce pessimisme exacerbé est très largement nourri par l’anticipation d’un niveau de vie en baisse, davantage que par des inquiétudes climatiques. En liaison, les femmes, les bas revenus, les personnes se positionnant à droite ont plus de risques de s’inquiéter sur ce plan.
Sur les enjeux écologiques précisément : six Français sur dix estiment que le changement climatique va impliquer de grands changements dans leurs modes de vie, et près de la moitié estiment que le dérèglement climatique ajoute à leur anxiété. Sur ces questions, les jeunes se montrent plus inquiets que leurs ainés (compte tenu du temps qu’il leur reste à vivre, de leur sensibilisation à ces questions à l’école, et de leur moindre niveau d’intégration socio-économique), tout comme les personnes se situant à gauche de l’échiquier politique. En revanche, le type d’agglomération de résidence a peu d’impact.
Alors même que la question posée rappelait aux répondants la hausse à prévoir des inondations, canicules, feux de forêts, de tempêtes, deux-tiers des Français pensent pouvoir se protéger, au niveau individuel, des conséquences des désordres climatiques. Un chiffre d’autant plus significatif :
- que les Français sont aujourd’hui 42 % à avoir déjà subi les conséquences du réchauffement climatique là où ils habitent (24% en 2015 ) (Ademe, 2025). Et qu’à titre d’exemple, entre 2018 et 2023, on mesure +20 pts du nombre de départements touchés par des arrêtés de restrictions des usages de l’eau pendant l’été (SDES, 2023).
- que le sentiment de pouvoir se protéger varie peu d’une région à l’autre, alors même que toutes les régions ne sont pas uniformément exposées.
- Et que l’on mesure plutôt un faible niveau de préparation individuel : par exemple, selon la Croix Rouge (2026), seul un Français sur dix dispose d’un sac d’urgence pour faire face à un événement climatique extrême.
Cette sur-estimation de ses capacités personnelles peut s’expliquer par deux phénomènes :
- le sentiment que l’Etat est impuissant et que c’est à chacun de se débrouiller seul (Pour 80 % des Français, le gouvernement « navigue à vue », la confiance envers le gouvernement est au plus bas, ainsi que plus généralement envers toutes les institutions politiques) ;
- un « biais d’optimisme », qui conduit les individus à se percevoir comme moins exposés aux risques que le reste de la population.
- La confiance dans la capacité à se protéger augmente avec le niveau de revenu, et elle est plus forte chez les hommes. Plus exposés aux risques et moins dotés en ressources pour y faire face, les plus modestes sont moins confiants dans leur capacité d’adaptation.
La confiance dans la capacité à se protéger est en revanche peu corrélée aux inquiétudes liées au changement climatique. Ce décalage invite à agir sur d’autres leviers que la conscientisation des risques pour préparer la population à faire face aux évènements climatiques à venir:
- Information sur les actions à réaliser concrètement
- Préparation des populations par des formations obligatoires, facilitation de l’accès aux formations
- Sensibilisation à l’action via d’autres enjeux (pertes économiques, dégradation de la santé, etc)
- Action publique sur des transformations de fond (PLU, rénovation énergétique, etc)
- Structures publiques d’action pour les moments de crise