La politique de développement social urbain de la ville du Mée-sur-Seine Rapport d'évaluation du programme DSQ du Quartier des Courtilleraies (1990-1993)

B. Maresca

Collection des rapports N°R139

Résumé

Le DSQ du Mée-sur-Seine est centré sur une politique d’accompagnement social, destinée à contrôler les conséquences d’une urbanisation rapide dans laquelle le logement social représente une part importante de l’habitat. La Ville du Mée a eu la chance de ne pas avoir à assumer la charge d’un lourd programme de réhabilitation du bâti. Elle a choisi de concentrer son action sur un programme en direction de la jeunesse.

Dans les DSQ où le volet urbain accapare l’essentiel des financements et des préoccupations municipales, le volet social n’est souvent qu’un complément laissé aux initiatives des acteurs de terrain. Au Mée, au contraire, le caractère central des actions d’accompagnement social, dans leur double dimension de prévention et d’insertion, explique l’attention que leur a porté la municipalité et le “dirigisme” qui a caractérisé le partenariat suscité pour les mettre en œuvre.

L’analyse des différents registres d’action du DSU permet de tirer quelques grandes conclusions.

Les actions d’accompagnement social, qu’il s’agisse de la prévention, de l’animation, de l’insertion sociale, de l’aide à l’insertion professionnelle, ou de l’équipement du quartier en services publics, gagneraient à être recentrées dans leurs objectifs. Pour éviter de laisser diverger les actions en fonction de leur logique structurelle propre, pour concentrer les initiatives et renforcer les synergies institutionnelles, il faudrait affirmer avec plus de clarté que le programme d’accompagnement social s’adresse à un public particulier, constitué par les individus et les familles les plus en difficulté de la commune.

Cette option doit entrainer deux conséquences essentielles. Pour être cohérente, la politique d’accompagnement social qui sera poursuivie par la Ville, devra être associée à celle de la régulation du peuplement, de manière à évaluer, voire à contrôler l’importance des problèmes que la municipalité décide de prendre en charge.

Pour être pleinement efficace, cette politique doit développer une concertation institutionnelle beaucoup plus poussée. Le service social de la Ville, l’unité territoriale du travail social, la ZEP, la CAF notamment, doivent pouvoir constituer une sorte de conseil discutant des mesures à adopter. Il importe que le partenariat entre les opérateurs de terrain soit guidé par les responsables institutionnels. Cette orientation pourrait servir à structurer le prochain contrat d’objectif avec la DDASMA.

La prévention, prise au sens large, doit donc concentrer ses efforts sur un public bien ciblé auprès duquel il est légitime pour tout le monde, et en particulier pour la population du Mée, d’affecter des aides significatives. Cette politique a besoin d’être expliquée, et sur ce volet la communication ne doit pas être négligée, mais elle a aussi besoin d’être complétée par un programme intéressant la grande majorité de la population. Celle-ci ne peut se satisfaire de voir la municipalité ne venir en aide qu’aux “cas sociaux” au risque d’engendrer des attitudes de rejet promptes à s’exprimer (par exemple les réactions à propos du voyage des jeunes en Crète, ou bien le racisme que suscite l’aide aux familles étrangères).

Une action bien coordonnée doit être élaborée pour agir sur les préoccupations du plus grand nombre, c’est-à-dire sur le cadre de vie et l’entretien du bâti, sur l’animation des quartiers et la dynamique commerciale, en un mot sur tout ce qui peut concourir à faire évoluer positivement l’image des secteurs du Mée les plus mal jugés, il faut bien mesurer que cet enjeu est, pour le long terme, aussi important que le précédent, et qu’il est, plus sûrement que le volet social, la clé d’une résorption du sentiment d’insécurité.

Au niveau du bilan global en effet, on peut dire à la fois que la situation de la délinquance sur les Courtilleraies a été stabilisée par l’action menée par le DSU de 1990 à 1993, et à la fois qu’elle n’a pas beaucoup progressée en termes d’image. Les bailleurs de logements locatifs et les commerçants en sont les plus sûrs observateurs. Pourtant le Mée bénéficie d’un environnement naturel particulièrement favorable que la Ville a su mettre en valeur. Le problème se situe en fait moins au niveau du cadre urbain, que dans le déficit d’animation et d’adhésion de la population à un projet de quartier qui soit fédérateur. On retrouve là une partie des conclusions du diagnostic initial réalisé en 1990, ce qui laisse penser que cette dimension n’a pas encore été prise à bras le corps.

Néanmoins, l’un des résultats les mieux perçu de l’action qui a été menée, est le développement des équipements publics dont a bénéficié le quartier des Courtilleraies. Cette amélioration très bien reçue par la population résidente, a eu pour effet pervers de susciter de la part des quartiers de Croix Blanche et Plein Ciel, une revendication de parité de traitement. L’un des grands chantiers de la ville du Mée pour la prochaine décennie, consistera à stabiliser son urbanisation et lui donner de la consistance, en favorisant l’identité propre des différents quartiers et en traçant les voies de leur complémentarité. La question si souvent formulée de l’absence d’un centre structurant, appelle une politique urbaine volontariste en faveur de l’Allée de la gare, pour amener ce lieu à jouer la fonction de centre dont il a tous les atouts potentiels.

Plutôt que de chercher à banaliser ce quartier, en pensant que l’on pourra le fondre dans une ville homogène, il faut affirmer l’identité du lieu pour en faire la matière de l’enracinement d’une population nécessairement spécifique (ne serait-ce que par la logique de fonctionnement du logement social). Pour cela des moyens existent, qu’il s’agisse des équipements réalisés, des partenaires et des bénévoles mobilisés, et c’est là l’un des acquis essentiels du programme qui s’achève.

Au terme des deux procédures conjointes, Contrat d’objectifs avec le Département et DSQ avec l’Etat et la Région, qui ont assuré la mise en place de structures nouvelles, il importe de laisser s’épanouir le dispositif pour qu’il trouve son plein développement. Il faudrait veiller à valoriser les équipements, à laisser aux partenaires une plus grande marge d’initiatives et leur permettre d’être des interlocuteurs reconnus dans le cadre d’une concertation institutionnelle plus large.

Le Centre social et l’ex-MJC devraient pouvoir déborder de leurs missions initiales, pour assumer une fonction d’animation globale des quartiers où ils sont implantés. La Régie de quartier pourrait devenir un outil plus ambitieux d’aménagement urbain et d’initiatives sur le plan économique, qui développe la mobilisation des habitants sur leur espace résidentiel. L’AMI, enfin, tout en étant mieux arrimé aux institutions du travail social, devrait élaborer une véritable fonction de médiation entre la jeunesse et les groupes institués de la vie locale, pour contribuer à une véritable promotion sociale de la classe d’âge des adolescents et des jeunes adultes.

Et à plus long terme, la municipalité se doit de continuer à construire un projet ambitieux de structuration urbaine, dans lequel les Courtilleraies gagneront la reconnaissance d’un quartier fort de son animation, à côté d’autres quartiers affirmant leur vocation résidentielle.


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